I & I Chronik avec Ras Mykha par Maïmouna pour Studio One, Raje & My Moon Land

 

 

RAS MYKHA

 

I & I Chronik vous propose aujourd’hui une discussion avec Ras Mykha .On eu l’occasion de suivre ce chanteur aux côtés de dubmakers comme Roots Ista Posses et Barbès D .Vous pouvez trouver une belle banque de ses titres sur Patate records, et pour les “sound system addict” à retrouver, le 9 janvier 2016 en sound system pour le Dub Congress :

 

RAS MYKHA LE MOJITO CLUB 09 01 2016

Maïmouna Semega : Tout d’abord, merci beaucoup de participer à I & I Chronik pour Studio One l’émission et My Moon Land asso. Commençons par les origines, où-es tu né ?

 

Ras Mykha : Je suis né à Paris dans le 17ème, et j’ai grandi Porte de Vanves Paris 14ème. Les années 80/90 c’était différent, c’était plus mélangé, il y avait moins de problèmes de religion entre les gens ; après comme je venais de Paris, la population a toujours été assez mixte. Il n’y avait pas le net, la vibes reggae était beaucoup plus underground qu’aujourd’hui.J’ai découvert le reggae avec Marley quand j’étais youth (petit), après, adolescent j’ai commencé à découvrir des artistes différents.Dans les années 90 la vibes était très bashment, des sons yardies et antillais.Les artistes qui m’ont marqués, vont de Burning Spear, Sizzla, Dennis Brown URoy, à Féfé Typical et Mc Janik. C’est assez vaste.
J’ai commencé la musique avec des potes, on achetait des disques 7”, on commencait à aller en sound, l’envie est venue petit à petit.
On se réunissait chez mon pote Tribut dont les parents étaient boulangers, et quand ils n’étaient pas là, pratiquement tous les weekend, on descendait les platines dans le fournil et on se faisait notre session. Le reggae c’est une musique militante et rootikal, différente du hip hop, ça nous a plus parlés. Surtout sur le plan spirituel, most HIMportant !
C’était les musiques du peuple avec du contenu, de nos jours le reggae est resté comme ça, pas le rap.
Mon premier sound c’était en 1996.

 

Maïmouna Semega : En tant que chanteur ?

 

Ras Mykha : Oui, enfin c’était plus du toast ! les débuts ! C’est surtout que j’ai pas attendu d’être au top a top ! J’ai juste eu l’envie !

 

Maïmouna Semega : Tu es critique face à ton travail ,est-ce que cela t’a aidé à avancer , à réussir tes projets aujourd’hui ?

 

Ras Mykha : Si tu ne fais pas ça, te remettre en question, essayer de progresser, c’est dead. Se remettre en question c’est la base ! Je ne pense pas être le plus doué, donc du coup, il faut taffer encore plus. Je chante parce que c’est le premier instrument. Je pratique la guitare et d’autres instruments, comme la basse et le clavier ; assez pour pouvoir composer.
J’ai chanté en français jusqu’en 2009. Puis un jour j’ai décidé de me mettre à l’anglais par envie, et aussi pour me donner un défi. Je suis reparti de zéro.Avant je chantais en français et je mettais des mots anglais. Maintenant je chante en anglais et j’essaie de mettre des petit mots éthiopiens, même si je travaille l’anglais en parallèle. Je ne sais pas parler Guezz attention (c’est la langue liturgique éthiopienne); j’apprends des mots, avec des frères, : « buruk feker », ça veut dire amour béni / blessed love, et « feker hullagize » signifie Amour Universel. Se cultiver c’est important !

 

Maïmouna Semega : Ca me rappelle une méditation*. As-tu des chansons qui soient particulièrement importantes pour toi et que tu voudrais nous faire découvrir ?

 

Ras Mykha : Tous mes sons sont importants, je n’ai pas forcément de préférence, on va parler dela dernière sortie : le LP rootikal showcase avec Roots Ista Posse chez Patate Record,en CD et vinyl.On a commencé à taffer ensemble en 2010 avec Roots Ista Posse, on a sorti deux 10″ sur son label. Le courant est bien passé et on a continué à travailler ensemble sur différents projets. Comme le reffix di Fishermen de Congo ou le Mighty Jahoviah sous mon label Cryinsoul Records, en même temps on a fait pas mal de lives dub ensemble.Quand Patate Records m’a proposé de faire un album, il était logique de le faire avec Roots Ista Posse, un big producteur. C’est un son bien heavy, mais en même temps ça reste rootikal ce qui est très difficile à réussir. Ce n’est pas techno, c’est warrior dub.

 

Ras Mykha Meets Roots Ista Posse – Rootikal Showcase. Brand new album CD/LP – Patate Records – March 13th 2015 :

 

Maïmouna Séméga : Tu différencies le dub de la techno ? En quoi est-il distinct des autres mouvements électroniques ?

 

Ras Mykha : Quand je dis « pas techno » je parle des influences musicales. Tu peux entendre certaines productions, qui sortent actuellement où tu sens des influences techno dans le tune. Pour moi, reggae is dub and dub is reggae.En France, aujourd’hui il y a un réel crossover entre la scène électro et une certaine partie de la scène reggae dub. En même temps en Angleterre ça a toujours été le cas, la jungle, la drum and bass sont mixées dans les même soirées avec du dub.Les Sub Dub a Leeds ou Iration Steppa et Rezident, tu as trois area, deux drum and bass, jungle et plein d’autres styles électro, et tu as la mainstage avec Iration Steppa.Mais ce n’est pas toute la scène reggae qui se mélange, il y a des sound qui restent très roots d’autre moins.C’est pareil pour les producteurs ou les chanteurs.
La racine du reggae vient de la Caraïbe, la Jamaïque, maintenant le mouvement est devenu outernational. Tu as du reggae de tous les pays du monde dans toutes les langues, c’est ce qui est magnifique.Le Dub Steppa c’est vraiment du reggae européen, c’est un son beaucoup plus urbain.

 

Maïmouna Semega : Il reste cet héritage rythmique et culturel, africain.
Qui conseillerais tu dans le mouvement Dub actuel ?

 

Ras Mykha : De toute façon les racines de l’humanité viennent d’Afrique, c’est le commencement. Je parlerai des frères comme Ras Hassen Ti big chanteur, tu as Far East un big joueur de mélodica, Hugo Danjahman de Roots Powa et plein d’autres.
Il y a le Lion Roots Sound System un des premiers sound français à avoir été joué à l’University of Dub à Londres.
J’ai aussi travaillé avec Barbès D, c’était pour son album, j’avais sorti un morceau sur un de ses dub « Him spread the vibe » sur Belleville International.
Quand il a fait son album Green Walk Dub, il a décidé de mettre le dub. C’est un good producteur, Barbès D, et un pote. Nice man ! Il y a pas mal de bredda et de frangines qui sont actifs en France.

 

Maïmouna Semega: Tu as aussi travaillé sur un livre ?

 

Ras Mykha : Le livre est distribué par One Love Book en Angleterre, mais les gens peuvent aussi se le procurer en me contactant .C’est un projet developpé pour le Sound System Culture Project, créé par Mandy Samra, elle m’a proposé de faire un livre pour enfant traitant du sound system.J’ai donc imaginé une histoire et réalisé les peintures qui illustrent le livre : « The sonar system ». Je parle du words, sound and powa dans le livre (les mots le son et la puissance du tout).Les mots, le message, sont la musique et le powa (pouvoir), c’est le sound system. Le problème, c’est qu’ actuellement beaucoup de sound systems oublient les messages au profit du sound et du powa : avoir le sound le plus puissant, mais la culture passe à la trappe.Je peins assez souvent sur toile, sur des murs ou pour des labels qui veulent une illustration. Là, j’ attaque des grands formats pour une expo à venir. Les toiles sont disponibles à la vente .

 

 

Maïmouna Semega : Quelle est l’inspiration de la chanson « Sound system addict »?

 

Ras Mykha : Addict au sound system ! C’est une sorte d’anthem pour big up, tous les bredda et sister qui aiment aller en sound pour skanker tous ensemble dans l’unité, sur des lyrics (paroles) conscients et spirituels, all colors, all nation, all coloration.Le morceau « Himspiration» c’est une version mélodica pour une production sur laquelle on travaille en ce moment, il va y avoir des versions vocales dessus ; ça va sûrement sortir en 10″ sous mon label Cryinsoul, distribué par Patate records .

 

Himspiration :
Il y a un 10″ qui va sortir d’ici quelques jours : en face A Ras Hassen Ti, en face B moi même,le tout mixé par Roots Powa, je ferais suivre les liens, il y a pas mal de projets en cours

 

Maïmouna Semega : Pour finir, quel message souhaites- tu faire passer aux massives ?

 

Ras Mykha : Il faut rester soudés dans ces temps difficiles, encore plus qu’avant, c’est important. Sortez, communiquez en vrai. Avec les problèmes actuels, le risque c’est de se renfermer sur soi, mais avec internet tu es ouvert sur le monde entier.Avec les psychoses environnantes, on risque de rester de plus en plus derrière les computers. Faut sortir ! Un exemple, en France, il doit y avoir 4 shops de reggae en real, à Paris tu n’en as plus qu’un : Patate Records, alors qu’il y en avait au moins cinq, et c’est lié à internet.Je ne dis pas que c’est mal, attention ! mais il faut continuer d’aller dans les vrais shops. C’est important et ça contribue à faire vivre la scène, c’est juste mon avis.

 

*Méditation qui parle de l’homme comme d’un arbre dont l’esprit serait les racines et le corps les branches. La culture rejoint le fait de grandir ; se cultiver : littéralement faire pousser.

 

Propos de Ras Mykha recueillis par Maïmouna Séméga Pour Studio One l’emission et My Moon Land asso crédit – RAJE – Correction Eric Levasseur
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